Kyoto
M. Paul Dewar (Ottawa-Centre, NPD):
Monsieur le Président, c'est un débat important, mais il est assez bizarre et extraordinaire que nous soyons en train de parler de ce sujet.
Pendant la campagne électorale — et avant, puisque je participais à des initiatives environnementales — j'ai parlé à des gens des quatre coins de ma circonscription. Ils trouvent étrange et exceptionnel que nous débattions de la question importante des changements climatiques au lieu d'agir.
Nous connaissons les effets des changements climatiques. Je suis sidéré que nous ayons à convaincre le gouvernement de prendre d'autres mesures. Je me demande ce que les gens diront dans une génération ou deux. Se demanderont-ils: mais qu'est-ce que les gens ont fait lorsqu'ils se trouvaient à la croisée des chemins? Se sont-ils mis la tête dans le sable, dans les sables bitumineux peut-être? Ont-ils pris des mesures au sujet des changements climatiques?
Les changements climatiques ne touchent pas seulement les Canadiens, mais les habitants de toute la planète. On l'a déjà dit: nous n'avons qu'une planète et nous nous en occupons terriblement mal.
Les générations futures constateront que nous avons mal consommé et mal géré une quantité énorme de ressources. C'est honteux. Qu'avons-nous fait? Nous avons opté pour la facilité avec un horizon de six mois ou peut-être un an. Cependant, nous avons oublié de penser à la prochaine génération et de prendre soin de ce que nous avons.
Je pense qu'il pourrait y avoir un débat à savoir si les changements climatiques constituent un problème scientifique important. J'aimerais remonter au tout début. La première conférence sur les changements climatiques s'est tenue en février 1979. Le problème a alors été cerné. Ensuite, en juin 1988, il y a eu à Toronto la conférence mondiale sur l'atmosphère en évolution. Puis, en novembre 1998, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a vu le jour.
En août 1990, ce groupe a publié son premier rapport d'évaluation qui traitait des préoccupations. En décembre 1995, il a publié son deuxième rapport d'évaluation. Ce dernier indiquait que, selon la prépondérance de la preuve, l'activité humaine semblait avoir un effet perceptible sur le climat de la planète. Il y a eu un troisième rapport en 2001, puis un autre, rendu public en mai 2001.
En juin 2001, un rapport de la National Academy of Sciences des États-Unis, commandé par le président George W. Bush, parlait de l'accumulation, dans l'atmosphère terrestre, des gaz à effet de serre attribuables à l'activité humaine. Même George est maintenant d'accord.
En novembre 2004, une étude scientifique sans précédent réalisée dans l'Arctique, sur une période de quatre ans, par une équipe internationale de 300 scientifiques, a été rendue publique. Cette étude précisait que les impacts du réchauffement planétaire se faisaient alors sentir dans l'Arctique, ce qui est toujours le cas actuellement.
Je veux aborder ce point parce que la ministre en a parlé plus tôt. En juin 2005, les académies scientifiques des pays du G8, ainsi que celles de la Chine, de l'Inde et du Brésil, ont signé une déclaration par laquelle elles mettaient les dirigeants mondiaux en garde contre la menace évidente et croissante des changements climatiques. Elles ont réclamé une action immédiate.
Il ne fait plus aucun doute, à ce point-ci, et j'espère que tout le monde en conviendra, que les changements climatiques constituent un problème et que nous ne faisons rien pour le régler. Nous sommes des spectateurs qui se contentent d'observer.
Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie qu'il y aura des conséquences socio-économiques pour les Canadiens. Nous avons parlé de l'épidémie de dendroctone du pin. Les représentants du secteur mondial des assurances ont indiqué que les pertes assurées causées par des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les inondations et les ouragans, s'élevaient à 44 milliards de dollars. Des données scientifiques récentes établissent un lien entre les changements climatiques d'origine humaine et l'accroissement de l'intensité et de la durée de tempêtes. Nous pourrions aussi parler de Katrina.
Avons-nous encore besoin de nous demander si les changements climatiques constituent un problème? En Colombie-Britannique, le réchauffement des eaux a des répercussions sur le frai et la migration du saumon. L'industrie forestière de la Colombie-Britannique continentale est aux prises avec une infestation massive de dendroctones du pin, comme je l'ai déjà dit. La seule chose qui puisse enrayer la prolifération de ces insectes est une baisse de température.
En Alberta et en Saskatchewan, de graves sécheresses causent des ravages. Environnement Canada rapporte que les Prairies sont actuellement plus sèches qu'elles ne l'étaient dans les années 1930. Il existe aussi d'autres preuves.
M. Gerry Ritz: Avec les inondations, c'est plus humide là-bas.
M. Paul Dewar: Monsieur le Président, sauf le respect que je dois à mes collègues, je m'en tiendrai aux données d'Environnement Canada. Les gens d'Environnement Canada sont payés pour faire ce travail et je suppose qu'ils en savent davantage à ce sujet que le député.
En Ontario, le réchauffement de la température favorise la pollution de l'air et le smog. Nous serons certainement d'accord là-dessus. Le smog coûte à l'Ontario seulement plus de 1 milliard de dollars chaque année. M. Clement, le ministre de la Santé , se trouve parmi nous aujourd'hui et je crois qu'il devrait entendre cela. C'est une somme de 1 milliard de dollars par année qui...
Le président suppléant (M. Royal Galipeau):
À l'ordre. Il y a deux choses. D'abord, le député a nommé un autre député par son nom et, ensuite, il a mentionné la présence ou l'absence d'un député à la Chambre.
M. Paul Dewar: Mes excuses, monsieur le Président. Quiconque s'intéresse aux questions de la santé voudra peut-être savoir que le smog coûte plus de 1 milliard de dollars par année lorsqu'on tient compte des admissions dans les hôpitaux, des visites aux urgences et de l'absentéisme. Et c'est selon l'association médicale de l'Ontario.
Au Québec, l'inondation de la vallée du Saguenay en 1996 a causé près de 1,1 milliard de dommages et tué 10 personnes. Les dommages causés par la tempête de verglas de 1998 se sont chiffrés aussi à des milliards de dollars. Au Canada atlantique, le niveau de la mer monte et de fortes tempêtes au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard ces dernières années ont causé des dommages dans les agglomérations côtières.
Dans les régions du Nord, comme nous l'avons déjà dit, des scientifiques font déjà état de profonds changements au sein de la population d'ours polaires. En raison du réchauffement du climat arctique, les glaces se retirent plus tôt, ce qui influe sur les comportements alimentaires des ours ainsi que sur l'utilisation de la glace en tant que plateforme pour des activités comme la chasse au phoque.
Que pouvons-nous faire? J'ai énoncé le problème. Les changements climatiques sont bien réels et nous en connaissons les effets. Nous pouvons faire beaucoup plus que ce que propose le gouvernement.
Nous devons nous fixer des objectifs plus élevés en matière de réduction d'émissions. Nous devons ensuite les faire respecter et adopter une loi à cet égard pour les fabricants de voitures afin de les forcer à faire la transition s'ils ne le font pas volontairement.
Il faut encourager l'utilisation de technologies efficaces sur le plan énergétique et la production d'électricité renouvelable et non polluante.
Il faut fixer des normes éconergétiques pour les immeuble. Je suis fier que dans l'ouest de ma circonscription, Ottawa-Centre, Mountain Equipment Co-op a fixé la norme définitive relative à la construction d'immeubles éconergétiques. On peut y parvenir. Il faut de l'appui. Il faut aller de l'avant.
Il faut utiliser le fonds pour le partenariat afin d'encourager les provinces et les territoires à commencer à utiliser des sources d'énergie renouvelables.
Nous pourrions aussi nous pencher sur la production d'énergie. Je ne pense pas qu'on en ait fait assez dans ce dossier. On pourrait se tourner vers l'Europe pour voir ce qu'elle fait en matière d'énergie éolienne. L'Espagne s'est fixée des objectifs et les a dépassés. Ce que nous faisons au Canada est insignifiant à l'échelle mondiale. Nous ne sommes pas allés assez loin dans le domaine de l'énergie éolienne.
On peut y arriver, nous le savons. Mais il faut que quelqu'un joue un rôle moteur. Pour cela, nous nous tournons vers le gouvernement fédéral, en l'occurrence le gouvernement actuel, puisqu'il semble vouloir agir dans le dossier des changements climatiques et investir dans la question. Malheureusement, on n'a pas du tout parlé de la question dans le budget. Je pense que les cartes d'abonnement d'autobus sont une bonne idée, mais il faut aller plus loin.
Il faut faire en sorte que l'infrastructure soit là. Il faut faire en sorte que les autobus consomment de l'énergie verte et propre. Il faut faire en sorte que les gens aient plus d'options qu'ils n'en ont actuellement pour aller au travail. C'est un problème dans ma propre circonscription.
Au début de mon discours, j'ai dit combien il était honteux d'avoir à tenir ce débat aujourd'hui. Nous devrions être en train de parler de ce que nous pourrions faire en plus. Mais nous en sommes toujours à essayer de convaincre les gens qu'il faut agir de toute urgence, que c'est un problème et qu'il faut y penser tous les jours. J'espère que, quand nous repenserons au débat d'aujourd'hui dans dix ans, nous pourrons dire que nous avons écouté et que nous avons agi.
Info contact
Paul Dewar, Député
Nouveau parti démocratique
Ottawa Centre
1306 rue Wellington ouest
Ottawa Ontario
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